# Rente viagère ou capital : que choisir à la retraite ?
Lorsque vous approchez de l’âge de la retraite, une question patrimoniale majeure se pose : comment récupérer l’épargne constituée pendant des années ? La décision entre percevoir une rente viagère ou récupérer un capital représente un arbitrage déterminant pour votre niveau de vie futur. Ce choix implique des considérations financières, fiscales et personnelles complexes qui méritent une analyse approfondie. Avec l’évolution des dispositifs d’épargne retraite, notamment depuis la loi Pacte de 2019, les options se sont multipliées, offrant davantage de flexibilité mais aussi une complexité accrue. Comprendre les mécanismes de chaque solution et leurs implications à long terme devient essentiel pour sécuriser vos revenus futurs tout en optimisant la transmission de votre patrimoine.
Rente viagère : mécanisme de conversion du capital en revenus périodiques
La rente viagère constitue un mécanisme de transformation définitive d’un capital en flux de revenus garantis jusqu’au décès. Ce dispositif repose sur un principe assurantiel de mutualisation des risques : les épargnants qui vivent plus longtemps que la moyenne bénéficient des capitaux de ceux décédés prématurément. L’assureur ou l’organisme gestionnaire s’engage contractuellement à verser des arrérages réguliers – mensuels, trimestriels ou annuels – indépendamment de la durée effective de vie du bénéficiaire.
Le montant de la rente dépend de plusieurs paramètres : le capital constitué, l’âge au moment de la liquidation, le sexe du bénéficiaire, et les options choisies (réversion, annuités garanties). Une fois le capital converti en rente, il devient la propriété de l’organisme payeur – on parle d’aliénation du capital. Cette transformation est généralement irréversible, ce qui nécessite une réflexion approfondie avant de s’engager. En contrepartie de cette aliénation, vous obtenez la certitude d’un revenu à vie, quelle que soit votre longévité effective.
Calcul du taux de conversion selon les tables de mortalité TGH05 et TGF05
Le calcul actuariel de la rente s’appuie sur des tables de mortalité réglementaires qui estiment l’espérance de vie résiduelle selon l’âge et le sexe. En France, les assureurs utilisent principalement les tables TGH05 pour les hommes et TGF05 pour les femmes, établies en 2005 et régulièrement mises à jour. Ces tables reflètent les probabilités statistiques de survie à chaque âge, permettant de déterminer le taux de conversion du capital en rente annuelle.
Par exemple, pour un homme de 65 ans disposant d’un capital de 100 000 €, le taux de conversion peut varier entre 4% et 5% selon l’organisme et les options souscrites, générant une rente annuelle brute de 4 000 à 5 000 €. Pour une femme du même âge, ce taux sera légèrement inférieur (3,5% à 4,5%) en raison d’une espérance de vie statistiquement supérieure. Plus vous liquidez tardivement votre épargne, plus le taux de conversion est avantageux : à 70 ans, il peut atteindre 5,5% à 6,5%.
Fiscalité des arrérages : abattement forfaitaire selon l’âge de liquidation
La fiscalité applicable aux rentes viagères dépend directement de leur origine et de la nature des versements initiaux. Pour les rentes issues de versements volontaires déductibles sur un P
lan d’Épargne Retraite (PER) individuel, deux régimes coexistent :
• Rentes viagères à titre gratuit (RVTG) lorsque les versements ont été déduits de votre revenu imposable. Dans ce cas, l’intégralité de la rente est imposée comme une pension de retraite, après un abattement de 10 % commun à l’ensemble de vos pensions (plafonné à un peu plus de 4 000 € par foyer), puis soumise au barème progressif de l’IR. Les prélèvements sociaux (17,2 %) s’appliquent sur le montant brut.
• Rentes viagères à titre onéreux (RVTO) lorsque vous avez renoncé à la déduction des versements. Seule une fraction de la rente est alors imposable, en fonction de votre âge au premier versement : 70 % avant 50 ans, 50 % entre 50 et 59 ans, 40 % entre 60 et 69 ans, 30 % à partir de 70 ans. Cette fraction est soumise au barème de l’IR et aux prélèvements sociaux, ce qui allège significativement la pression fiscale pour les retraités les plus âgés.
Pour les rentes issues des PER d’entreprise obligatoires (PERO), la fiscalité est alignée sur le régime des retraites supplémentaires : elles sont intégralement imposées comme des pensions après abattement de 10 %. Enfin, pour les rentes issues d’anciens dispositifs (PERP, Madelin, article 83), les règles restent proches mais peuvent présenter des nuances contractuelles : il est donc crucial de vérifier les conditions fiscales figurant dans votre contrat avant de choisir la date de liquidation.
Réversion au conjoint survivant : quotité et conditions d’attribution
La réversion est une option centrale lorsque vous hésitez entre rente viagère et capital, surtout si vous vivez en couple. En pratique, au moment de la mise en place de la rente, vous pouvez demander qu’à votre décès, une partie de cette rente continue d’être versée à votre conjoint, partenaire de PACS, ou toute autre personne désignée. On parle alors de rente viagère réversible. Cette protection a cependant un coût : plus le taux de réversion est élevé, plus la rente initiale que vous percevez est réduite.
Les quotités de réversion les plus courantes sont de 50 %, 60 %, 80 % ou 100 %. Concrètement, si votre rente sans réversion aurait été de 1 000 € par mois, une réversion à 60 % pourra ramener ce montant à environ 800–850 € pour vous, puis 480–510 € pour votre conjoint après votre décès. Plus le réservataire est jeune, plus la décote de la rente initiale est importante, car l’assureur anticipe une durée de versement plus longue. C’est un peu comme souscrire une assurance sur deux vies au lieu d’une seule : la couverture est plus large, donc plus coûteuse.
Les conditions d’attribution sont précisées dans chaque contrat. En général, il faut : désigner le bénéficiaire de la réversion au moment de la liquidation (et non plus après), ne pas modifier la clause de réversion par la suite (elle est souvent irrévocable), et veiller à la situation matrimoniale (mariage, PACS ou partenaire désigné selon les clauses). Pour les couples mariés avec une forte disparité de pensions, la réversion est souvent un outil indispensable pour maintenir le niveau de vie du survivant.
Garantie annuités certaines : protection contre le décès prématuré
Une autre façon de limiter le risque de « perdre » son capital en cas de décès rapide est de souscrire l’option annuités certaines. Cette garantie prévoit que la rente sera versée pendant une durée minimale contractuelle – par exemple 10, 15 ou 20 ans – même si vous décédez avant la fin de cette période. Dans ce cas, vos proches percevront les arrérages restant dus jusqu’au terme garanti. C’est en quelque sorte un filet de sécurité qui assure que votre effort d’épargne ne sera pas totalement perdu.
Cette option entraîne, elle aussi, une diminution du montant de la rente initiale, car l’assureur prend l’engagement de verser au moins un nombre d’annuités déterminé. Plus la durée garantie est longue, plus la décote est importante. On peut la comparer à un billet de train non remboursable versus un billet flexible : la flexibilité supplémentaire a un coût. L’arbitrage consiste donc à trouver un équilibre entre la protection souhaitée pour vos héritiers et le niveau de revenu dont vous avez besoin de votre vivant.
Les annuités certaines peuvent être combinées avec une réversion, ce qui complexifie le calcul mais offre une protection maximale. Toutefois, multiplier les options (réversion élevée, annuités garanties longues, indexation sur l’inflation) peut aboutir à une rente initiale assez faible. D’où l’intérêt de demander à votre assureur plusieurs simulations chiffrées avec et sans options, afin de visualiser clairement l’impact de chaque choix sur le montant de la rente.
Sortie en capital : stratégies de retrait et préservation du patrimoine
À l’opposé de la rente viagère, la sortie en capital consiste à récupérer tout ou partie de votre épargne retraite sous forme de liquidités, en une seule fois ou de manière fractionnée. Cette solution offre une grande flexibilité : vous pouvez adapter vos retraits à vos projets (travaux, voyages, aides aux enfants), réinvestir sur d’autres supports ou conserver une réserve de sécurité. Mais elle implique aussi une responsabilité accrue : celle de ne pas épuiser trop vite votre capital, surtout dans un contexte d’espérance de vie élevée.
Pour que la sortie en capital tienne ses promesses, il ne suffit pas de « prendre l’argent et de le laisser sur un compte courant ». Il est nécessaire de définir une véritable stratégie de retrait, intégrant la fiscalité, la diversification de vos placements et vos besoins de revenus dans le temps. L’enjeu est double : préserver le pouvoir d’achat de votre patrimoine tout en limitant le risque de le consommer trop rapidement.
Prélèvement forfaitaire unique (PFU) à 30% sur les plus-values
Sur un PER ou sur un contrat d’assurance-vie utilisé comme outil de retraite, la sortie en capital entraîne l’imposition des gains selon le régime du prélèvement forfaitaire unique (PFU), sauf option pour le barème progressif. Pour les PER individuels, lorsque vous récupérez un capital et que vos versements ont été déduits à l’entrée, la partie correspondant à ces versements est imposée au barème de l’IR, tandis que les plus-values (intérêts, dividendes, plus-values) sont soumises au PFU de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux).
Si vous avez renoncé à la déduction fiscale de vos versements, la mécanique est plus favorable : le capital récupéré correspondant aux primes versées est exonéré d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux ; seules les plus-values supportent le PFU de 30 % (ou, sur option, le barème de l’IR si cela vous est plus favorable). Vous comprenez alors pourquoi la stratégie « déduction à l’entrée / capital fractionné à la sortie » doit être soigneusement simulée, en tenant compte de votre tranche marginale d’imposition au moment de la retraite.
Dans la pratique, l’arbitrage entre PFU et barème progressif dépend de votre niveau global de revenus l’année du retrait. En cas de capital important, une sortie en une seule fois peut vous faire grimper dans une tranche élevée (41 % ou 45 %), ce qui rend le PFU plus attractif. À l’inverse, si vos revenus sont modestes à la retraite et que vous étalez vos retraits sur plusieurs années, le barème progressif peut s’avérer plus doux fiscalement. D’où l’intérêt d’anticiper, idéalement 5 à 10 ans avant la retraite.
Règle des 4% : méthode de décapitalisation sécurisée selon l’étude trinity
Comment utiliser un capital à la retraite sans le voir disparaître prématurément ? Une piste souvent citée est la règle des 4 %, issue de la célèbre étude Trinity menée aux États-Unis. Cette approche consiste à retirer chaque année l’équivalent de 4 % du capital initial, indexés sur l’inflation, en supposant un portefeuille diversifié (actions/obligations). Statistiquement, cette méthode aurait permis, sur de longues périodes historiques, de ne pas épuiser le capital sur 30 ans de retraite dans la grande majorité des scénarios.
Transposée à votre situation, cette règle donnerait par exemple : avec 300 000 € de capital, un retrait initial de 12 000 € par an (soit 1 000 € par mois), ajusté ensuite de l’inflation. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une garantie, mais d’un repère prudent. Les rendements futurs, la volatilité des marchés et la durée réelle de votre retraite peuvent s’écarter des moyennes historiques. C’est un peu comme suivre un « régime alimentaire financier » : la règle des 4 % vous évite les excès, mais vous pouvez l’adapter à votre situation (3 % si vous êtes très prudent, 5 % si vous avez d’autres revenus stables).
Cette méthode suppose toutefois une gestion active ou pilotée de votre patrimoine : il ne suffit pas de laisser le capital sur un livret faiblement rémunéré, sinon le risque d’érosion par l’inflation devient important. En pratique, une combinaison de fonds en euros (pour la sécurité) et de supports dynamiques (actions, immobilier papier, obligations) permet d’espérer un rendement moyen qui soutienne cette stratégie de décapitalisation progressive, tout en limitant le risque de ruine.
Transmission successorale : abattements et droits de succession applicables
L’un des grands atouts d’une sortie en capital, par rapport à la rente viagère, réside dans la transmission. Tant que le capital n’est pas consommé, il reste dans votre patrimoine et peut être transmis à vos héritiers. Selon le support utilisé (PER assurance, assurance-vie, compte-titres), la fiscalité successorale sera différente. Sur un contrat d’assurance-vie, par exemple, les primes versées avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, puis d’une taxation à 20 % puis 31,25 %. Les versements après 70 ans sont soumis aux droits de succession après un abattement global de 30 500 €.
Pour un PER, la situation est plus nuancée. En cas de décès avant 70 ans, les capitaux transmis via un PER assurance peuvent bénéficier d’un régime proche de celui de l’assurance-vie, sous forme de capital ou de rente au profit des bénéficiaires. En revanche, après 70 ans, les règles se rapprochent des droits de succession classiques, avec des abattements par héritier (100 000 € en ligne directe, par exemple) et une taxation progressive. C’est pourquoi certains épargnants choisissent de transférer ou d’arbitrer une partie de leur épargne retraite vers l’assurance-vie pour optimiser la transmission.
La sortie en capital vous donne aussi la possibilité de donner de votre vivant (donations manuelles, donations-partages), en profitant des abattements renouvelables tous les 15 ans (100 000 € par parent et par enfant, par exemple). Cette stratégie permet de « pré-organiser » la succession, tout en gardant le contrôle sur le rythme et le montant des transferts. Là encore, une consultation avec un notaire ou un conseil en gestion de patrimoine vous aidera à combiner au mieux sortie en capital, donations et transmission future.
Diversification des supports : fonds euros, unités de compte et SCPI
Sortir en capital ne signifie pas forcément tout consommer rapidement. Vous pouvez aussi considérer votre capital comme un « moteur de revenus », à condition de le répartir intelligemment entre plusieurs supports. Sur un PER ou une assurance-vie, les principaux outils de diversification sont les fonds en euros, les unités de compte (OPCVM, ETF, fonds thématiques) et les SCPI (sociétés civiles de placement immobilier). Chacun présente un couple rendement/risque différent, que vous pouvez combiner selon votre profil.
Les fonds en euros offrent une garantie en capital (hors frais et fiscalité) et un rendement modéré, mais régulier. Les unités de compte permettent d’espérer une performance plus élevée à long terme, au prix d’une volatilité plus forte : elles conviennent bien pour une partie du capital dont vous n’avez pas besoin immédiatement. Les SCPI, enfin, apportent un revenu régulier sous forme de loyers et une diversification immobilière, sans les contraintes de la gestion locative directe. C’est un peu comme assembler un « plateau-repas financier » : une portion de sécurité, une portion de dynamisme et une portion d’immobilier pour l’équilibre.
En pratique, une stratégie de sortie en capital réussie combine souvent : une poche de liquidités pour les dépenses à court terme, une poche de fonds en euros pour la sécurité et le lissage des revenus, une poche d’unités de compte et/ou de SCPI pour soutenir le rendement sur la durée. L’objectif est de vous constituer un « quasi-revenu » sans passer par une rente viagère, tout en préservant une certaine transmissibilité du capital.
Comparaison actuarielle : espérance de vie et point mort de rentabilité
Pour choisir objectivement entre rente viagère et capital, il est utile de raisonner en termes actuariels. Le point mort de rentabilité correspond à l’âge à partir duquel la somme des rentes perçues dépasse le capital que vous auriez pu conserver en sortie en capital (en supposant un certain rendement). En d’autres termes, jusqu’à quel âge devez-vous vivre pour que la rente devienne plus intéressante que le capital ?
Imaginons par exemple un capital de 200 000 € transformé en rente viagère à 65 ans, vous procurant 8 000 € bruts par an. Sans tenir compte de l’indexation, il vous faudrait 25 ans (8 000 € × 25 = 200 000 €) pour « récupérer » l’équivalent de votre capital de départ, soit jusqu’à 90 ans. Si vous vivez au-delà, la rente devient financièrement gagnante ; si vous décédez plus tôt, le capital aurait été plus avantageux, surtout en cas de transmission.
Bien entendu, cette comparaison doit intégrer plusieurs variables : la fiscalité (différente pour la rente et le capital), le rendement potentiel du capital si vous le placez (fonds euros, portefeuille diversifié), l’inflation et les frais. En pratique, pour beaucoup de dossiers, le point mort se situe entre 85 et 92 ans. Si votre espérance de vie personnelle (état de santé, antécédents familiaux) vous semble très élevée, la rente prend tout son sens. À l’inverse, si vous craignez de ne pas atteindre cet âge, la sortie en capital ou une solution mixte peut être plus pertinente.
Au-delà des chiffres, il faut aussi considérer l’aspect psychologique. Certaines personnes dorment mieux en sachant qu’une rente à vie tombera chaque mois, même si le rendement implicite n’est pas optimal. D’autres préfèrent garder la main sur leur capital, quitte à accepter le risque de le voir diminuer. L’analyse actuarielle fournit un cadre rationnel, mais votre profil de risque, vos priorités familiales et votre relation à l’argent restent déterminants dans la décision finale.
Contrats d’assurance-vie : arbitrage entre rachats programmés et viagerisation
L’assurance-vie reste le placement préféré des Français pour préparer la retraite, souvent en complément d’un PER. Arrivé au moment de la retraite, vous pouvez choisir entre deux grandes approches : mettre en place des rachats programmés (mensuels, trimestriels, annuels) ou viagériser tout ou partie du contrat en le convertissant en rente. La première approche s’apparente à une sortie en capital échelonnée, la seconde à une véritable rente viagère.
Les rachats programmés permettent de définir un montant ou un pourcentage de retrait régulier, tout en gardant la propriété du capital restant. Fiscalement, seuls les gains inclus dans chaque rachat sont imposés (PFU ou barème après abattement), ce qui adoucit la charge fiscale dans le temps. Vous conservez la flexibilité de modifier, suspendre ou arrêter ces rachats, et le capital restant demeure transmissible selon le régime favorable de l’assurance-vie en cas de décès.
La viagérisation, quant à elle, consiste à transformer définitivement le capital en rente viagère auprès de l’assureur, selon les tables de mortalité et les options choisies. L’avantage : un revenu garanti à vie, sans avoir à gérer les arbitrages de placements. L’inconvénient : l’aliénation du capital, qui n’est plus disponible pour vos projets ni transmissible (sauf options spécifiques). La fiscalité des rentes viagères à titre onéreux, avec abattement selon l’âge, peut toutefois être intéressante si vous avez conservé votre contrat plus de 8 ans et que vos autres revenus restent modestes.
En pratique, beaucoup de épargnants optent pour une stratégie hybride : une partie de l’assurance-vie est maintenue en rachats programmés, pour garder de la souplesse, tandis qu’une autre partie est convertie en rente pour sécuriser un socle de revenus incompressibles. L’arbitrage dépendra notamment du montant total de votre patrimoine, de vos autres retraites (base, complémentaire, PER) et de vos objectifs successoraux. N’hésitez pas à demander à votre assureur des simulations comparatives entre différentes configurations.
Plan d’épargne retraite (PER) : options de sortie et contraintes réglementaires pacte
Le Plan d’Épargne Retraite (PER), créé par la loi Pacte, a profondément renouvelé le paysage de l’épargne longue en France. Son principal atout : il offre, à la sortie, une grande flexibilité entre rente viagère, capital et solutions mixtes. Mais cette souplesse est encadrée par des règles précises, notamment selon l’origine des versements (volontaires, épargne salariale, versements obligatoires). Pour bien arbitrer entre rente et capital à la retraite, il est indispensable de comprendre ces contraintes réglementaires.
Le PER se décline en trois compartiments : PER individuel (PERIN), PER d’entreprise collectif (PERCOL) et PER d’entreprise obligatoire (PERO). Chacun obéit à des règles spécifiques de sortie, même si le cadre général reste le même : sortie possible à la retraite en rente, capital, ou combinaison, avec des cas de déblocage anticipé encadrés par la loi. Vous disposez donc d’un outil modulable, mais qui nécessite un minimum de pédagogie pour être utilisé au mieux.
Sortie obligatoire en rente pour la fraction issue de versements obligatoires
La principale contrainte en matière de PER concerne le compartiment alimenté par des cotisations obligatoires (PERO, ou ancien article 83). Pour cette fraction d’épargne, la règle générale est la sortie obligatoire en rente viagère à la retraite. Autrement dit, vous ne pouvez pas librement choisir de tout récupérer en capital pour cette poche : elle a été conçue comme une véritable retraite supplémentaire, visant à garantir un revenu régulier à vie.
En revanche, les versements volontaires (sur un PERIN) et l’épargne salariale (intéressement, participation, abondement sur un PERCOL) peuvent, eux, être récupérés en capital, en rente, ou en mixte. Cela crée une distinction importante : au sein d’un même PER, vous pouvez avoir une partie de votre épargne « verrouillée » en rente (versements obligatoires), et une autre partie librement arbitrable. Certains contrats permettent de visualiser clairement ces compartiments sur votre espace client, ce qui facilite la préparation de votre stratégie de sortie.
Pour les anciens contrats article 83 transférés vers un PER, il convient d’être particulièrement vigilant : même une fois logés dans un PER, les capitaux issus de ces anciens dispositifs restent, dans la plupart des cas, soumis à l’obligation de sortie en rente. Avant d’opérer un transfert, il est donc essentiel de vérifier si cela n’altère pas vos droits (tables de mortalité, options de réversion, etc.) et de comparer les différentes offre de rente proposées.
Déblocage anticipé du capital : acquisition résidence principale et accidents de la vie
Si le PER est par nature un produit de long terme, il n’est pas totalement « verrouillé » jusqu’à la retraite. La loi prévoit sept cas de déblocage anticipé permettant de récupérer votre épargne avant l’âge légal, sans attendre la liquidation de vos droits à la retraite obligatoire. Deux grandes catégories se distinguent : l’acquisition de la résidence principale, et les accidents de la vie.
Pour l’acquisition de la résidence principale, vous pouvez débloquer les versements volontaires et l’épargne salariale (mais pas la plupart des cotisations obligatoires), dans la limite de l’apport nécessaire à l’achat. La fiscalité appliquée est proche de celle d’une sortie normale en capital : les versements éventuellement déduits à l’entrée sont imposés au barème, les plus-values au PFU. Cette possibilité en fait un outil intéressant pour articuler préparation de la retraite et projet immobilier, à condition de ne pas assécher totalement votre épargne longue.
Les autres cas de déblocage anticipé concernent des situations difficiles : invalidité grave (2e ou 3e catégorie) de l’adhérent, de son conjoint ou de ses enfants, décès du conjoint ou partenaire de PACS, expiration des droits au chômage, surendettement, liquidation judiciaire d’une activité non salariée, et, plus marginalement, adhérent de moins de 18 ans. Dans ces hypothèses d’« accidents de la vie », la fiscalité est très allégée : les versements sont exonérés d’impôt sur le revenu, seules les plus-values supportent les prélèvements sociaux de 17,2 %. Cette souplesse renforce l’intérêt du PER comme outil de sécurité financière globale.
Fractionnement de la sortie : combinaison capital et rente selon l’article L224-4
L’un des apports majeurs de la loi Pacte est la possibilité de fractionner la sortie du PER et de combiner rente et capital. L’article L224-4 du Code monétaire et financier encadre cette flexibilité : au moment de la liquidation, vous pouvez choisir de récupérer une partie de votre épargne sous forme de capital immédiat (en une ou plusieurs fois) et de transformer le solde en rente viagère. Ce fractionnement peut aussi être temporel : vous commencez par des rachats en capital, puis, quelques années plus tard, convertissez le capital restant en rente.
Ce mécanisme est particulièrement utile sur le plan fiscal. En étalant vos retraits en capital sur plusieurs années, vous évitez un pic d’imposition qui vous ferait grimper dans une tranche marginale élevée. Parallèlement, la mise en place d’une rente sur une partie du capital garantit un socle de revenus à vie. C’est une façon pragmatique de concilier la flexibilité du capital et la sécurité de la rente. Pour un couple, on voit souvent des stratégies de type : 50 % du PER en capital fractionné pour financer les projets des dix premières années de retraite, 50 % en rente réversible pour sécuriser le niveau de vie à long terme.
Techniquement, le fractionnement doit être prévu et formalisé avec l’assureur ou l’organisme gestionnaire, qui vous proposera plusieurs scénarios (par exemple : 30 % en capital immédiat, 20 % en capital différé à 70 ans, 50 % en rente à partir de 67 ans). L’idéal est de réaliser ces arbitrages au plus tard 5 ans avant la retraite, afin d’adapter aussi votre allocation d’actifs (plus sécuritaire à l’approche des premiers retraits) et d’anticiper l’impact fiscal par simulation.
Optimisation fiscale : stratégies hybrides et séquençage des retraits
Face à la complexité des dispositifs – PER, assurance-vie, retraite obligatoire, immobilier locatif –, l’une des clés pour bien choisir entre rente viagère et capital réside dans l’optimisation fiscale globale. L’enjeu n’est pas seulement de payer moins d’impôts, mais de lisser votre fiscalité dans le temps, tout en sécurisant votre niveau de vie. Comment y parvenir ? En combinant plusieurs outils et en séquençant intelligemment vos retraits.
Une stratégie fréquente consiste, par exemple, à privilégier d’abord les rachats partiels d’assurance-vie (après 8 ans, pour profiter de l’abattement annuel sur les gains), puis à activer progressivement le PER en capital fractionné, et enfin à mettre en place une rente viagère sur une partie de l’épargne à un âge plus avancé (70–75 ans), lorsque l’abattement des rentes viagères à titre onéreux est maximal et que le taux de conversion est plus favorable. Ce séquençage permet de profiter successivement des meilleurs régimes fiscaux de chaque enveloppe.
Une autre approche hybride consiste à renoncer à la déduction fiscale des versements sur une partie de votre PER (pour bénéficier d’une meilleure fiscalité à la sortie), tout en déduisant les versements sur une autre partie que vous destinez plutôt à une sortie en rente. Vous créez ainsi deux « sous-stratégies » au sein du même produit : une poche capital peu taxée et une poche rente déductible à l’entrée. Cette ingénierie suppose une bonne visibilité sur votre carrière, vos futurs revenus et votre projet de retraite, mais elle peut générer des gains fiscaux significatifs sur la durée.
Enfin, n’oublions pas le rôle de la calendrierisation : éviter de cumuler, la même année, départ à la retraite (avec indemnités de fin de carrière potentiellement élevées) et liquidation massive de votre PER en capital. Reporter d’un an la sortie du PER, ou lisser les retraits sur plusieurs exercices, peut suffire à rester dans une tranche marginale plus basse. À l’inverse, si une année donnée vos revenus sont exceptionnellement faibles (congé sabbatique, chômage, temps partiel), elle peut être idéale pour réaliser un rachat important en capital à moindre coût fiscal.
En définitive, la question « rente viagère ou capital ? » n’appelle pas une réponse unique et définitive. Pour beaucoup de profils, la meilleure solution repose sur un panachage intelligent des deux, articulé avec vos autres placements et vos objectifs personnels : maintien du niveau de vie, protection du conjoint, aide aux enfants, transmission patrimoniale. C’est en prenant le temps d’anticiper, de simuler plusieurs scénarios et, au besoin, de vous faire accompagner par un professionnel, que vous pourrez transformer vos années d’épargne en une véritable liberté de choix à la retraite.