# Le fonds euros est-il toujours le placement garanti le plus rentable ?
Dans le paysage fluctuant des placements financiers français, le fonds euros a longtemps incarné la valeur refuge par excellence pour les épargnants en quête de sécurité. Avec plus de 1 800 milliards d’euros d’encours en 2024, ce support d’investissement continue d’attirer une part considérable de l’épargne nationale. Pourtant, alors que les taux d’intérêt connaissent des mouvements significatifs et que de nouvelles solutions d’épargne sécurisée émergent, la question de la suprématie du fonds euros mérite un examen approfondi. Entre rendements qui retrouvent des couleurs après des années difficiles et concurrence accrue des livrets réglementés, vous devez comprendre précisément où se situe aujourd’hui le fonds euros dans l’échelle de rentabilité des placements garantis.
## Anatomie du fonds euros : structure juridique et mécanismes de garantie du capital
Le fonds euros représente bien plus qu’un simple support d’épargne. Il s’agit d’une construction juridique sophistiquée qui repose sur des mécanismes de protection du capital éprouvés depuis des décennies. Contrairement aux idées reçues, la garantie du capital n’est pas une simple promesse commerciale, mais une obligation réglementaire encadrée par le Code des assurances. Chaque compagnie d’assurance qui commercialise un contrat d’assurance vie avec un fonds euros s’engage contractuellement à préserver l’intégralité du capital versé, augmenté des intérêts acquis année après année grâce au célèbre effet cliquet.
### Le principe de cantonnement des actifs et la mutualisation des risques
Au cœur du fonctionnement des fonds euros se trouve le principe de cantonnement des actifs. Les sommes collectées auprès des épargnants sont investies dans un portefeuille d’actifs clairement identifié et séparé des autres activités de l’assureur. Cette séparation patrimoniale constitue une première couche de protection. En parallèle, la mutualisation des risques entre tous les souscripteurs permet d’absorber les éventuelles pertes ponctuelles sur certains actifs. Si une obligation fait défaut dans le portefeuille, la perte est diluée sur l’ensemble des contrats, minimisant ainsi l’impact individuel. Cette architecture financière explique pourquoi aucun épargnant n’a jamais perdu de capital sur un fonds euros depuis leur création.
### Rôle de l’ACPR dans la supervision des engagements des assureurs
L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) joue un rôle déterminant dans la solidité du système des fonds euros. Cette institution surveille en permanence la solvabilité des compagnies d’assurance à travers des ratios stricts définis par la réglementation Solvabilité II. Chaque trimestre, les assureurs doivent démontrer qu’ils disposent de fonds propres suffisants pour couvrir leurs engagements, même dans des scénarios de stress économique sévères. L’ACPR peut imposer des plans de redressement ou, dans les cas extrêmes, organiser le transfert des contrats vers un autre assureur. Cette supervision rigoureuse contribue à maintenir la confiance dans le système et garantit que la promesse de capital garanti reste tenable dans la durée.
### Composition obligataire des fonds euros : obligations d’État et corporate bonds
La composition typique d’un fonds euros révèle une stratégie d’investissement résolument prudente. Environ 80% des actifs sont généralement investis dans des obligations, principalement des titres de dette souveraine (OAT françaises, Bund allemands) et des obligations d’entreprises
d’entreprises bien notées (les fameux corporate bonds). Le reste est réparti entre l’immobilier (SCPI, OPCI, foncières cotées), les actions et parfois des actifs non cotés. Cette allocation vise un compromis entre stabilité et rendement : les obligations sécurisent la majeure partie du portefeuille, tandis que les poches plus dynamiques tentent de doper la performance à long terme. La comptabilité en valeur amortie permet en outre de lisser les à-coups de marché : les variations temporaires de prix ne se traduisent pas immédiatement dans le rendement servi aux assurés, ce qui explique l’inertie caractéristique des fonds euros.### Le mécanisme de provision pour participation aux bénéfices (PPB)
La provision pour participation aux bénéfices (PPB) est un levier central dans la gestion des fonds euros. Concrètement, lorsqu’un assureur réalise une performance supérieure au minimum réglementaire à reverser aux assurés (au moins 85% des bénéfices financiers et 90% des bénéfices techniques), il peut décider de mettre en réserve une partie de ces excédents au lieu de les distribuer immédiatement. Ces sommes sont alors placées en PPB, une « cagnotte » collective qui devra être intégralement redistribuée aux assurés dans un délai maximum de 8 ans. Ce mécanisme permet de lisser les rendements dans le temps : les années fastes, une partie des gains est mise de côté, et les années plus difficiles, l’assureur peut puiser dans cette réserve pour maintenir un taux servi compétitif. Pour vous, épargnant, la PPB est donc à la fois un amortisseur de chocs et un indicateur à surveiller : un niveau de PPB élevé signifie généralement un potentiel de rendement futur plus important, à condition que l’assureur adopte une politique de distribution favorable.
Performance 2024 des fonds euros : analyse comparative des rendements nets
Après une décennie de baisse quasi continue, les années 2022 à 2024 ont marqué un tournant pour la performance des fonds euros. Sous l’effet de la remontée des taux d’intérêt, le rendement moyen du marché s’est établi à environ 2,60% en 2023 et 2024, selon France Assureurs. Mais derrière cette moyenne se cachent d’importantes disparités entre fonds classiques, fonds dynamiques et fonds immobiliers. Si vous voulez déterminer si le fonds euros reste le placement garanti le plus rentable pour votre situation, il est indispensable de comparer ces différentes familles de supports, net de frais de gestion, et en tenant compte de la fiscalité applicable.
### Fonds euros classiques : Suravenir Opportunités, Netissima et Euro Exclusif
Les fonds euros dits « classiques » restent majoritairement investis en obligations, avec une prise de risque limitée sur les actions et l’immobilier. En 2024, certains se sont néanmoins distingués par des rendements supérieurs à la moyenne de marché. Suravenir Opportunités 2, bien qu’étant un fonds à garantie partielle sur le capital, illustre cette dynamique avec une performance autour de 3,5% en 2024 grâce à une allocation plus diversifiée et à un bonus conditionné à la détention d’unités de compte. Le fonds Netissima (Generali), de son côté, a servi entre 3% et 3,5% selon la part d’unités de compte détenues au sein du contrat, avec des offres « boostées » pouvant viser 4,5% nets de frais de gestion en 2026 et 2027 sous conditions. Euro Exclusif (Crédit Agricole/Amundi), souvent accessible via les banques en ligne, s’est également positionné au-dessus de la moyenne, avec des rendements proches de 3% pour les contrats les plus compétitifs. Ces écarts illustrent l’importance, pour vous, de ne pas vous contenter du fonds euros « maison » de votre banque traditionnelle, souvent pénalisé par des frais sur versements et une gestion plus conservatrice.
### Fonds euros dynamiques : Eurossima, Europierre et Euro Allocation Long Terme
Les fonds euros dynamiques ont pour objectif de concilier une garantie en capital avec une exposition plus importante aux actifs risqués, afin de viser un rendement supérieur sur le long terme. Eurossima (Generali) a longtemps été un pilier de nombreux contrats distribués en ligne, même s’il a connu des années mitigées avant de profiter de la remontée des taux. En 2024, son rendement s’est redressé mais reste souvent légèrement inférieur à celui de Netissima, plus offensif. Europierre et Euro Allocation Long Terme illustrent, quant à eux, des stratégies encore plus diversifiées, intégrant une part significative d’immobilier (bureaux, commerces, logistique) et parfois de private equity. Cette diversification peut permettre de surperformer les fonds euros classiques, notamment dans un environnement de taux stabilisés, mais elle implique souvent des contraintes : conditions d’accès plus strictes, quotités minimales d’unités de compte, voire plafonds de versements. Pour un épargnant prêt à accepter une complexité légèrement accrue, ces fonds euros dynamiques peuvent constituer un bon compromis entre sécurité juridique du fonds euros et potentiel de rendement supérieur.
### Fonds euros immobiliers : Spirica EURO+ Pierre et Gaipare Euro Patrimoine
Les fonds euros immobiliers constituent une catégorie à part entière, avec une proportion très significative d’actifs en « pierre-papier ». Spirica EURO+ Pierre, par exemple, s’appuie sur une poche immobilière importante (SCPI, OPCI, immobilier en direct) pour générer un rendement supérieur, au prix d’une liquidité parfois plus contrainte en cas de tensions sur le marché immobilier. Gaipare Euro Patrimoine suit une logique similaire, avec une gestion orientée vers la préservation de la valeur à long terme et une diversification sectorielle (bureaux, santé, résidentiel) qui vise à limiter le risque locatif. En 2024, ces fonds ont souvent servi des taux compris entre 3% et 3,5%, parfois davantage pour les meilleurs d’entre eux, au prix d’une plus grande sensibilité aux cycles immobiliers. Si vous êtes prêt à immobiliser votre épargne sur plusieurs années et à accepter des clauses spécifiques de rachat, ces fonds euros immobiliers peuvent représenter une alternative très intéressante aux fonds classiques, tout en conservant la garantie en capital offerte par le cadre assurantiel.
### Impact de la remontée des taux directeurs de la BCE sur les rendements 2024-2025
La remontée rapide des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) à partir de 2022 a profondément modifié le paysage des placements garantis. Pour les fonds euros, l’effet n’a pas été immédiat, en raison de la présence d’un stock important d’anciennes obligations à faible coupon dans les portefeuilles. Mais à mesure que ces titres arrivent à échéance et sont remplacés par des obligations nouvelles à des taux plus élevés, la performance globale des fonds s’améliore. C’est ce que l’on observe sur la période 2022-2025, avec un rendement moyen passé de 1,9% à 2,6–2,65%. Toutefois, cette « remontée en pente douce » a ses limites : si les taux se stabilisent, les marges de progression des rendements des fonds euros deviendront plus modestes. En clair, vous profitez aujourd’hui d’une fenêtre de tir favorable, mais il serait illusoire d’attendre un retour durable aux 4–5% des années 2000 sur des fonds euros 100% garantis. D’où l’intérêt d’examiner la concurrence des autres placements garantis.
Fonds euros versus alternatives garanties : livrets réglementés et obligations souveraines
Pour savoir si le fonds euros est toujours le placement garanti le plus rentable, il faut le comparer à ses principaux concurrents sur le terrain de la sécurité : livrets réglementés, obligations souveraines détenues en direct, comptes à terme et livrets bancaires « boostés ». Chacun de ces supports présente un triptyque spécifique rendement / liquidité / fiscalité. La question n’est donc pas seulement « qui rapporte le plus ? », mais aussi « à quel horizon de temps ? », « avec quelle disponibilité ? » et « sous quel régime fiscal ? ».
### Livret A et LDDS : rendement à 3% et plafonds de versement
Le Livret A et le LDDS ont connu un regain d’attractivité avec la hausse de leur rémunération à 3% nets en 2023, avant d’être progressivement ramenés à 1,5% nets au 1er février 2026. Ces livrets réglementés présentent trois atouts majeurs : un capital intégralement garanti, une liquidité totale (retraits à tout moment) et une exonération complète d’impôt et de prélèvements sociaux. En contrepartie, ils sont strictement plafonnés (22 950 € pour le Livret A, 12 000 € pour le LDDS), ce qui limite leur capacité à absorber une épargne importante. Si votre objectif est de constituer une épargne de précaution de court terme, ces livrets sont imbattables. Mais dès que vos encours dépassent ces plafonds, la question se pose : faut-il privilégier la poursuite sur un fonds euros ou se tourner vers d’autres solutions comme les comptes à terme ou les obligations souveraines ?
### OAT françaises et Bund allemands : comparaison des taux actuariels
Investir directement en obligations d’État (OAT françaises, Bund allemands) est une autre façon d’obtenir un rendement quasi garanti, à condition de conserver le titre jusqu’à l’échéance. En 2024, les OAT à 10 ans ont offert des taux actuariels oscillant autour de 2,5–3%, tandis que les Bund allemands se situaient un peu plus bas, reflet du statut de valeur refuge de l’Allemagne. Sur le papier, ces rendements peuvent sembler proches de ceux des fonds euros. Mais deux différences majeures existent : d’une part, vous supportez directement le risque de taux (si vous vendez avant l’échéance, une hausse des taux peut entraîner une moins-value) ; d’autre part, vous ne bénéficiez pas de l’effet cliquet ni du lissage offerts par la PPB. En pratique, les obligations souveraines en direct s’adressent plutôt à des investisseurs avertis, capables de gérer la duration de leur portefeuille, alors que les fonds euros délèguent cette gestion à l’assureur tout en offrant un cadre fiscal potentiellement plus avantageux via l’assurance vie.
### Comptes à terme et super livrets bancaires : avantages fiscaux comparés
Les comptes à terme (CAT) et les livrets bancaires « boostés » constituent des alternatives intéressantes aux fonds euros pour des horizons de placement courts à moyens. Les CAT proposent un taux connu à l’avance, souvent supérieur à 3% brut pour des durées de 12 à 36 mois en 2024, en contrepartie d’une moindre liquidité (pénalités en cas de retrait anticipé). Les super livrets, eux, jouent sur des taux promotionnels élevés sur quelques mois (4% ou plus) avant de retomber à des niveaux plus modestes. Dans les deux cas, les intérêts sont soumis à la flat tax de 30% (ou au barème de l’impôt sur option), ce qui réduit significativement le rendement net. À fiscalité comparable, un bon fonds euros peut rivaliser, voire devancer ces placements, surtout lorsqu’il est logé dans une assurance vie de plus de 8 ans. La vraie force des CAT et livrets boostés reste donc leur simplicité et leur horizon court : ils conviennent très bien pour « parquer » une somme en attente d’un projet, là où le fonds euros s’inscrit davantage dans une stratégie patrimoniale de moyen-long terme.
Contraintes structurelles et risques latents des fonds euros
S’il reste une référence parmi les placements à capital garanti, le fonds euros n’est pas pour autant exempt de fragilités. Comprendre ses contraintes structurelles vous permet de mieux apprécier le couple rendement/risque réel, au-delà de la seule promesse de garantie du capital. Trois dimensions méritent une attention particulière : la sensibilité aux taux d’intérêt des portefeuilles obligataires, le risque de solvabilité des assureurs et l’impact cumulé des frais et prélèvements sociaux sur la performance nette.
### Sensibilité aux taux d’intérêt et duration des portefeuilles obligataires
Les fonds euros sont, par nature, très sensibles aux variations de taux d’intérêt. La notion de duration permet de mesurer cette sensibilité : plus la duration moyenne du portefeuille obligataire est longue, plus la valeur des actifs baisse fortement lorsque les taux montent, et inversement. Durant la phase de taux bas, de nombreux assureurs ont allongé la duration pour verrouiller des rendements légèrement supérieurs, ce qui les a exposés à des moins-values latentes importantes lors de la remontée rapide des taux en 2022-2023. Grâce à la comptabilité en coût amorti et à l’absence de valorisation quotidienne comme sur les OPCVM, ces moins-values n’ont pas été immédiatement répercutées sur les assurés. Mais elles réduisent la marge de manœuvre des compagnies et peuvent les inciter à rester prudentes sur les taux servis, même dans un environnement de taux plus élevé. Pour vous, l’enjeu est de privilégier les fonds euros dont la gestion a su adapter progressivement la duration, voire les nouveaux fonds lancés après 2022, investis quasi exclusivement aux taux actuels.
### Risque de solvabilité des assureurs : ratios Solvabilité II et SCR
La garantie du capital offerte par les fonds euros repose in fine sur la solidité financière de l’assureur. Le cadre prudentiel Solvabilité II impose aux compagnies de maintenir un niveau de fonds propres suffisant pour couvrir leur capital de solvabilité requis (SCR) dans des scénarios de stress définis (chocs de taux, de crédit, de marché, etc.). Un ratio de solvabilité (fonds propres / SCR) supérieur à 100% est exigé, mais dans les faits, la plupart des grands assureurs affichent des ratios largement au-dessus (souvent 180–250%), ce qui constitue un coussin de sécurité confortable. L’ACPR veille à ce que ces ratios restent dans une zone acceptable et peut imposer des limitations de distribution (dividendes, participation aux bénéfices) en cas de tension. Même si le risque de faillite d’un grand assureur français demeure très faible, il n’est pas théoriquement nul. En dernier recours, le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP) couvre jusqu’à 70 000 € par assureur et par assuré pour les contrats d’assurance vie et de capitalisation. Pour les gros patrimoines, il peut donc être judicieux de diversifier les compagnies d’assurance afin de ne pas dépasser ce seuil par établissement.
### Frais de gestion et prélèvements sociaux : impact sur le rendement net
Un fonds euros ne se juge jamais uniquement sur son taux brut annoncé. Ce qui compte pour vous, c’est le rendement net de frais et de fiscalité. Les frais de gestion, compris entre 0,5% et 1% par an selon les contrats, sont prélevés à la source avant l’affichage du taux servi. Certains contrats ajoutent encore des frais sur versements (jusqu’à 3–4% dans des réseaux bancaires traditionnels) et parfois des frais d’arbitrage, qui viennent rogner la performance globale. À cela s’ajoutent les prélèvements sociaux (17,2% aujourd’hui) prélevés directement sur les intérêts des fonds euros, généralement chaque année au moment de leur inscription en compte. Résultat : un fonds euros affichant 2,6% brut servira en réalité environ 2,15% après prélèvements sociaux, avant impôt éventuel en cas de rachat. D’où l’importance, si vous voulez faire du fonds euros un pilier de votre stratégie, de privilégier les contrats en ligne ou associatifs à frais réduits, qui laissent davantage de place au rendement financier proprement dit.
Optimisation fiscale et stratégies d’allocation avec les fonds euros
Au-delà de la seule question du rendement, l’intérêt du fonds euros tient beaucoup à son intégration dans une enveloppe fiscalement avantageuse : l’assurance vie ou, dans une moindre mesure, le PER. Bien utilisé, le fonds euros peut devenir un outil d’optimisation fiscale et de transmission, tout en jouant un rôle de stabilisateur dans votre allocation d’actifs. Trois leviers sont particulièrement puissants : la fiscalité après 8 ans, les arbitrages programmés entre fonds euros et unités de compte, et le traitement favorable en matière de succession.
### Fiscalité après 8 ans : abattement de 4600€ et prélèvement forfaitaire unique
Dans un contrat d’assurance vie, la fiscalité ne s’applique qu’en cas de rachat, et uniquement sur la part de gains comprise dans le montant retiré. Après 8 ans de détention, vous bénéficiez d’un abattement annuel sur les gains retirés : 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune. Au-delà de cet abattement, vous avez le choix entre l’imposition au barème de l’impôt sur le revenu ou le prélèvement forfaitaire unique (PFU), dont la part d’impôt proprement dite est de 7,5% ou 12,8% selon le montant total placé (prélèvements sociaux de 17,2% en sus). Concrètement, cela signifie qu’en gérant finement vos rachats, vous pouvez rendre fiscalement équivalente, voire supérieure, la rentabilité nette d’un fonds euros par rapport à un Livret A, surtout si vous optimisez l’abattement annuel. Pour une épargne de long terme, ce différentiel fiscal peut représenter plusieurs milliers d’euros à la sortie.
### Arbitrages programmés entre fonds euros et unités de compte
Sur un contrat multisupport, vous pouvez utiliser le fonds euros comme un « matelas de sécurité » tout en profitant du potentiel de performance des unités de compte (UC). Une stratégie courante consiste à verser majoritairement sur le fonds euros, puis à programmer des arbitrages réguliers (mensuels, trimestriels) vers des UC (ETF, fonds actions, SCPI, etc.). À l’inverse, vous pouvez sécuriser progressivement vos gains réalisés sur des supports plus risqués en les arbitrant vers le fonds euros, notamment à l’approche de la retraite ou d’un projet important. Certains assureurs proposent même des options de gestion automatique (sécurisation des plus-values, limitation des pertes, rééquilibrage périodique) qui s’appuient sur le fonds euros comme support refuge. Utilisé de cette façon, le fonds euros n’est plus seulement un placement garanti, mais une véritable pièce maîtresse de votre ingénierie patrimoniale, au service d’une allocation d’actifs dynamique et adaptée à votre profil de risque.
### Transmission successorale : exonération de 152 500€ par bénéficiaire
L’assurance vie bénéficie d’un régime fiscal particulièrement attractif en cas de décès de l’assuré. Pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire désigné profite d’un abattement de 152 500 € sur les capitaux reçus (tous contrats confondus), au-delà duquel une taxation spécifique (20%, puis 31,25% au-delà d’un certain seuil) s’applique. Les primes versées après 70 ans relèvent d’un autre régime, avec un abattement global de 30 500 € mais une exonération des produits capitalisés. Dans ce cadre, le fonds euros joue un rôle clé : il vous permet de sécuriser le capital que vous souhaitez transmettre, tout en le faisant fructifier dans un environnement fiscalement optimisé. Comparé à un simple compte-titres ou à un livret bancaire, le couple « fonds euros + assurance vie » offre donc un avantage décisif si votre objectif est d’organiser une transmission efficace à vos proches, tout en conservant la possibilité de racheter votre épargne en cas de besoin de votre vivant.
Alternatives modernes aux fonds euros : fonds euro-croissance et produits structurés
La baisse tendancielle des rendements des fonds euros classiques a poussé les assureurs à développer des solutions intermédiaires, cherchant à concilier garantie partielle du capital et potentiel de rendement accru. Parmi ces alternatives, les fonds euro-croissance et certains produits structurés à capital garanti occupent une place croissante dans les contrats d’assurance vie et de PER. Faut-il pour autant les considérer comme des remplaçants du fonds euros, ou plutôt comme des compléments ?
### Mécanisme de garantie différée des fonds euro-croissance
Les fonds euro-croissance se situent à mi-chemin entre le fonds euros traditionnel et les unités de compte. Leur principe : la garantie du capital n’est pas permanente, mais accordée à une échéance déterminée (souvent entre 8 et 15 ans). En pratique, cela permet au gérant de s’exposer davantage aux actifs risqués (actions, immobilier, obligations à haut rendement), puisqu’il n’a pas à assurer une valeur de rachat constante au jour le jour. En contrepartie, si vous sortez avant l’échéance, vous pouvez récupérer un capital inférieur à votre mise de départ. Ce décalage de la garantie ouvre la voie à un rendement espéré supérieur à celui des fonds euros classiques, sans pour autant vous exposer totalement au risque de marché comme en UC. Les performances constatées restent néanmoins très variables selon les millésimes et les politiques de gestion. Avant de vous engager, il est donc essentiel de bien comprendre la structure des garanties, la durée d’engagement et les scénarios de sortie anticipée.
### PER et contrats DSK : intégration des fonds euros dans l’épargne retraite
Les plans d’épargne retraite (PER) et, plus anciennement, les contrats dits « DSK » ou « NSK » ont été conçus pour favoriser l’investissement en actions dans un cadre fiscal avantageux, tout en laissant une place aux fonds euros. Sur un PER individuel, par exemple, le fonds euros sert souvent de support de sécurisation progressive à l’approche de la retraite, dans le cadre d’une gestion pilotée par horizon. Vous pouvez ainsi démarrer avec une forte proportion d’unités de compte (pour chercher du rendement sur le long terme) puis transférer progressivement vers le fonds euros à mesure que se rapproche la date de liquidation. Les avantages fiscaux à l’entrée (déductibilité des versements de votre revenu imposable) renforcent l’intérêt de cette stratégie pour les contribuables fortement imposés. Là encore, le fonds euros ne disparaît pas, il change de rôle : de support principal pour l’épargne de précaution, il devient l’outil de sécurisation finale d’une épargne retraite globalement plus dynamique.
### Produits structurés à capital garanti : EMTN et certificats à barrière désactivante
Les produits structurés à capital garanti, souvent émis sous forme d’EMTN (Euro Medium Term Notes) ou de certificats, proposent une rémunération conditionnelle liée à l’évolution d’un indice ou d’un panier d’actions, tout en promettant la restitution du capital à l’échéance sous certaines conditions. Par exemple, un produit peut offrir un coupon annuel de 4% tant que l’indice de référence ne baisse pas de plus de 30%, avec une garantie intégrale du capital si l’indice ne franchit jamais une « barrière désactivante ». Ces solutions peuvent être intégrées dans des contrats d’assurance vie ou de capitalisation et sont parfois présentées comme des alternatives « intelligentes » au fonds euros. En réalité, elles répondent à une logique différente : la garantie du capital est souvent conditionnelle (et non inconditionnelle comme sur un fonds euros), la liquidité en cours de vie est parfois limitée, et la complexité de la formule de remboursement impose de bien en comprendre le fonctionnement. Si vous disposez d’un horizon de placement clairement défini et que vous acceptez une part de risque de marché encadré, ces produits structurés peuvent compléter judicieusement un fonds euros. Mais ils ne sauraient se substituer entièrement à ce dernier dans une logique de « matelas de sécurité ».